pulsanti social

giovedì 23 marzo 2017

GIORNATA MONDIALE DEL TEATRO 2017. IL MESSAGGIO DI ISABELLE HUPPERT EN FR

Isabelle Huppert, France

(Version originale)

Voici donc 55 ans que chaque année au printemps une Journée Mondiale du Théâtre à lieu. Une journée, c’est à dire 24 heures qui commencent du côté du théâtre NO et du Bunraku, qui passent par l’Opéra de Pékin et le Kathakali, s'attardent entre la Grèce et la Scandinavie, d'Eschyle à Ibsen, de Sophocle à Strinberg, entre l'Angleterre et l'Italie, de Sarah Kane à Pirandello, et aussi  la France entre autres, où nous sommes et où Paris est tout de même la ville du monde qui reçoit le plus de troupes étrangères. Ensuite nos 24 heures nous mènent de la France en Russie, de Racine et Molière à Tchékhov, puis traversent l’Atlantique pour finir dans un campus californien où des jeunes gens réinventent peut-être le théâtre.Car le théâtre renait toujours de ses cendres.Il n'est que convention qu'il faut inlassablement abolir.C'est ainsi qu'il reste vivant. Le théâtre a une vie foisonnante qui défie l’espace et le temps, les pièces les plus contemporaines sont nourries par les siècles passés, les répertoires les plus classiques deviennent modernes chaque fois qu’on les monte à nouveau.

Une Journée Mondiale du Théâtre, ce n’est évidemment pas une journée au sens banal de nos vies quotidiennes. Elle fait revivre un immense espace-temps et pour évoquer l’espace-temps, je voudrais faire appel à un dramaturge français, aussi génial que discret, Jean Tardieu. Je le cite : « Pour l’espace, il demande quel est le plus long chemin d’un point à un autre... Pour le temps il suggère de mesurer en dixième de secondes le temps qu'il faut  pour prononcer le mot «éternité».Pour l'espace-temps il dit aussi : «Fixez dans votre esprit avant de vous endormir deux points quelconques de l'espace et calculez le temps qu'il faut, en rêve, pour aller de l'un à l'autre.» C'est le mot «en rêve» que je retiens. On dirait que Jean Tardieu et Bob Wilson se sont rencontrés. On peut aussi résumer notre jour mondial du théâtre en se souvenant de Samuel Beckett qui fait dire à Winnie dans son style expéditif : «Oh le beau jour que ça aura été.» En songeant à ce message qu'on m'a fait l'honneur de me demander, je me suis souvenue de tous ces rêves de toutes ces scènes. Ainsi je n’arrive pas toute seule dans cette salle de l’UNESCO, tous les personnages que j’ai interprétés sur scène m’accompagnent, des rôles qu’on a l’air de quitter quand c’est fini, mais qui mènent en vous une vie souterraine, prêt à aider ou à détruire les rôles qui leur succéderont : Phèdre, Araminte, Orlando, HeddaGabbler, Médée,Merteuil, Blanche Dubois... M’accompagnent aussi tous les personnages que j'ai aimés et applaudis en spectatrice. Et là j’appartiens au monde entier. Je suis grecque, africaine, syrienne, vénitienne, russe, brésilienne, perse, romaine, japonaise, marseillaise, new yorkaise, philippine, argentine, norvégienne, coréenne, allemande, autrichienne, anglaise, vraiment le monde entier. La vraie mondialisation elle est là. 

En 1964 à l'occasion de cette journée du théâtre, Laurence Olivier annonçait qu'après plus d'un siècle de combat, on venait enfin de créer en Angleterre un théâtre national, dont il avait aussitôt voulu que ce soit un théâtre international, au moins par son répertoire. Il savait bien que Shakespeare appartenait à tout le monde dans le monde.

J’ai aimé apprendre que le premier message de ces Journées Mondiales du Théâtre en 1962 a été confié à Jean Cocteau, tout désigné puisqu’il est, n’est-ce pas, l’auteur d’«un tour du monde en 80 jours». J’ai fait le tour du monde différemment, je l’ai fait en 80 spectacles ou 80 films. Je dis films aussi car je ne fais aucune différence entre jouer au théâtre et jouer au cinéma, ce qui surprend à chaque fois que je le dis, mais c’est vrai, c’est comme ça. Aucune différence.

En parlant ici je ne suis pas moi-même, je ne suis pas une actrice, je suis juste l'une des si nombreuses personnes grâce à qui le théâtre continue d’exister. C'est un peu notre devoir. Et notre nécessité: Comment dire: Nous ne faisons pas exister le théâtre, c'est plutôt grâce à lui que nous existons. Le théâtre est très fort, il résiste, il survit à tout, aux guerres, aux censures, au manque d’argent. Il suffit de dire«le décor est une scène nue d’une époque indéterminée» et de faire rentrer un acteur. Ou une actrice. Que va-t-il faire ? Que va-t-elle dire ? Vont-ils parler ? Le public attend, il va le savoir, le public sans lequel il n'y a pas de théâtre, ne l'oublions jamais. Une personne dans le public c'est un public. Pas trop de chaises vides quand même ! Sauf chez Ionesco...À la fin la Vieille dit : « Oui oui mourons en pleine gloire ...Mourons pour entrer dans la légende... Au moins nous aurons notre rue... »
La Journée Mondiale du Théâtre existe depuis maintenant 55 ans. En 55 ans je suis la huitième femme à qui on demande de prononcer un message, enfin je ne sais pas si le mot "message" convient.Mes prédécesseurs (le masculin s'impose!) parlent à propos du théâtre d’imagination, de liberté, de l'origine,ont évoqué le multiculturel,  la beauté, les questions sans réponses... En 2013 il n'y a donc que quatre ans Dario Fo dit : «la seule solution à la crise, réside dans l’espoir d’une grande chasse aux sorcières contre nous, surtout contre les jeunes qui veulent apprendre l’art du théâtre : ainsi naîtra une nouvelle diaspora de comédiens, qui tirera sans doute de cette contrainte des bénéfices inimaginables par une nouvelle représentation.» Les bénéfices inimaginables c'est une belle formule digne de figurer dans un programme politique non ?...Puisque je suis à Paris peu avant une élection présidentielle je suggère à ceux qui ont l'air d'avoir envie de nous gouverner d'être attentifs aux bénéfices inimaginables apportés par le théâtre. Mais pas de chasse aux sorcières ! 
Le théâtre pour moi c’est l’autre, c'est le dialogue, c'est l'absence de haine. L'amitié entre les peuples, je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais je crois dans la communauté, dans l'amitié des spectateurs et des acteurs, dans l’union de tous ceux que le théâtre réunit, ceux qui l'écrivent, ceux qui le traduisent, ceux qui l'éclairent, l'habillent, le décorent, ceux qui l'interprètent, ceux qui en font, ceux qui y vont. Le théâtre nous protège, nous abrite... Je crois bien qu'il nous aime... autant que nous l'aimons... Je me souviens d'un vieux régisseur à l’ancienne, qui avant le lever du rideau, en coulisses, disait chaque soir d'une voix ferme : «  Place au théâtre ! » Ce sera le mot de la fin. Merci. 

La Journée Mondiale du Théâtre est une initiative de l’International Theatre Institute dès 1962   

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------  
Isabelle Huppert, France

So, here we are once more. Gathered again in Spring, 55 years since our inaugural meeting, to celebrate World Theatre Day. Just one day, 24 hours, is dedicated to celebrating theatre around the world. And here we are in Paris, the premier city in the world for attracting international theatre groups, to venerate the art of theatre.
Paris is a world city, fit to contain the globes theatre traditions in a day of celebration; from here in France’s capital we can transport ourselves to Japan by experiencing Noh and Bunraku theatre, trace a line from here to thoughts and expressions as diverse as Peking Opera and Kathakali; the stage allows us to linger between Greece and Scandinavia as we envelope ourselves in Aeschylus and Ibsen, Sophocles and Strindberg; it allows us to flit between Britain and Italy as we reverberate between Sarah Kane and Prinadello. Within these twenty-four hours we may be taken from France to Russia, from Racine and Moliere to Chekhov; we can even cross the Atlantic as a bolt of inspiration to serve on a Campus in California, enticing a young student there to reinvent and make their name in theatre.
Indeed, theatre has such a thriving life that it defies space and time; its most contemporary pieces are nourished by the achievements of past centuries, and even the most classical repertories become modern and vital each time they are played anew. Theatre is always reborn from its ashes, shedding only its previous conventions in its new-fangled forms: that is how it stays alive.
World Theatre Day then, is obviously no ordinary day to be lumped in with the procession of others. It grants us access to an immense space-time continuum via the sheer majesty of the global canon. To enable me the ability to conceptualise this, allow me to quote a French playwright, as brilliant as he was discreet, Jean Tardieu: When thinking of space, Tardieu says it is sensible to ask “what is the longest path from one to another?”...For time, he suggests measuring, “in tenths of a second, the time it takes to pronounce the word ‘eternity’”…For space-time, however, he says: “before you fall asleep , fix your mind upon two points of space, and calculate the time it takes, in a dream, to go from one to the other”. It is the phrase in adream that has always stuck with me. It seems as though Tardieu and Bob Wilson met. We can also summarise the temporal uniqueness of World Theatre day by quoting the words of Samuel Beckett, who makes the character Winnie say, in his expeditious style: “Oh what a beautiful day it will have been”. When thinking of this message, that I feel honoured to have been asked to write, I remembered all the dreams of all these scenes. As such, it is fair to say that I did not come to this UNESCO hall alone; every character I have ever played is here with me, roles that seem to leave when the curtain falls, but who have carved out an underground life within me, waiting to assist or destroy the roles that follow; Phaedra, Araminte, Orlando,  Hedda Gabbler, Medea, Merteuil, Blanche DuBois….Also supplementing me as I stand before you today are all the characters I loved and applauded as a spectator. And so it is, therefore, that I belong to the world. I am Greek, African, Syrian, Venetian, Russian, Brazilian, Persian, Roman, Japanese, a New Yorker, a Marseillais, Filipino, Argentinian, Norwegian, Korean, German, Austrian, English – a true citizen of the world, by virtue of the personal ensemble that exists within me. For it is here, on the stage and in the theatre, that we find true globalization.
On World Theatre Day in 1964, Laurence Olivier announced that, after more than a century of struggle, a National Theatre has just been created in the United Kingdom, which he immediately wanted to morph into an international theatre, at least in terms of its repertoire. He knew well that Shakespeare belonged to the world.
In researching the writing of this message, I was glad to learn that the inaugural World Theatre Day message of 1962 was entrusted to Jean Cocteau, a fitting candidate due to his authoring of the book ‘Around the World Again in 80 Days’. This made me realise that I have gone around the world differently. I did it in 80 shows or 80 movies. I include movies in this as I do not differentiate between playing theatre and playing movies, which surprises even me each time I say it, but it is true, that’s how it is, I see no difference between the two.
Speaking here I am not myself, I am not an actress, I am just one of the many people that theatre uses as a conduit to exist, and it is my duty to be receptive to this - or, in other words, we do not make theatre exist, it is rather thanks to theatre that we exist. The theatre is very strong. It resists and survives everything, wars, censors, penury.
It is enough to say that “the stage is a naked scene from an indeterminate time” – all’s it needs is an actor. Or an actress. What are they going to do? What are they going to say? Will they talk? The public waits, it will know, for without the public there is no theatre – never forget this. One person alone is an audience. But let’s hope there are not too many empty seats! Productions of Ionesco’s productions are always full, and he represents this artistic valour candidly and beautifully by having, at the end of one of his plays, and old lady say; “Yes, Yes, die in full glory. Let’s die to enter the legend…at least we will have our street…”
World Theatre Day has existed for 55 years now. In 55 years, I am the eighth woman to be invited to pronounce a message – if you can call this a ‘message’ that is. My predecessors (oh, how the male of the species imposes itself!) spoke about the theatre of imagination, freedom, and originality in order to evoke beauty, multiculturalism and pose unanswerable questions. In 2013, just four years ago, Dario Fo said: “The only solution to the crisis lies in the hope of the great witch-hunt against us, especially against young people who want to learn the art of theatre: thus a new diaspora of actors will emerge, who will undoubtedly draw from this constraint unimaginable benefits by finding a new representation”. Unimaginable Benefits – sounds like a nice formula, worthy to be included in any political rhetoric, don’t you think?...
As I am in Paris, shortly before a presidential election, I would like to suggest that those who apparently yearn to govern us should be aware of the unimaginable benefits brought about by theatre. But I would also like to stress, no witch-hunt!
Theatre is for me represents the other it is dialogue, and it is the absence of hatred. ‘Friendship between peoples’ – now, I do not know too much about what this means, but I believe in community, in friendship between spectators and actors, in the lasting union between all the peoples theatre brings together – translators, educators, costume designers, stage artists, academics, practitioners and audiences. Theatre protects us; it shelters us…I believe that theatre loves us…as much as we love it…
I remember an old-fashioned stage director I worked for, who, before the nightly raising of the curtain would yell, with full-throated firmness ‘Make way for theatre!’ – and these shall be my last words tonight.
Thank you.
Translation Malory Domecyn and Tom Johnson.

The World Theatre Day is an initiative of the International Theatre Institute since 1962.